***
C'est alors qu'apparut le renard:
" Bonjour, dit le renard.
- Bonjour, répondit poliment le petit prince. (...) Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince, je suis tellement triste...
- Je ne puis jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.
- Ah! pardon" fit le petit prince. Mais, après réflexion, il ajouta:
" Qu'est-ce que signifie " apprivoiser " ? (...)
- C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ca signifie " créer des liens..." Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde... (...)
***
Tu vois là-bas, les champs de blé? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste! Mais tu as des cheveux couleurs or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé! Le blé, qui est doré, le fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé... " Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince:
" S'il te plaît... apprivoise-moi! "
***
Le petit prince s'en fut revoir les roses:
" Vous n'êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n'êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n'avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n'était qu'un renard semblable à cent mille autres. Mais j'en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde. (...) Vous êtes bien belles, mais bien vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu'elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c'est elle que j'ai arrosée. Puisque c'est elle que j'ai mise sous globe. Puisque c'est elle que j'ai abrité par le paravent. (...) Puisque c'est ma rose. "
***
Et il revint vers le renard.
"Adieu, dit-il...
- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux. "




Extrait du " Petit Prince ", d'Antoine de Saint-Exupéry.

 J'aime les contes, j'aime la philosophie. Ce livre compte parmi mes préférés, parce qu'il est magnifique, et tellement vrai.

 

Par Klyns
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus