LA FOLIE EST HUMAINE.
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" Comment expliquez-vous que vous ayez pu en arriver là?
"
( ... )
Il me fixa, ses yeux étaient bleus comme ceux d'une
poupée, il secoua la tête et il dit:
" Vous n'avez pas compris ma question. " Il reprit au bout d'un moment:
" Êtes-vous toujours aussi convaincu qu'il était nécessaire d'exterminer les juifs?
- Non, je n'en suis plus si convaincu.
- Pourquoi?
- Parce que Himmler s'est suicidé. " Il me regarda d'un air étonné et je repris:
" Cela prouve qu'il n'était pas un vrai chef, et s'il n'était pas un vrai chef, il a pu très bien me mentir en me présentant l'extermination des juifs comme nécessaire. " Il reprit:
" Par conséquent, si c'était à refaire, vous ne le referiez pas? " Je dis vivement:
" Je le referai si on m'en donnait l'ordre. " Il me regarda une pleine seconde, son teint rose rougit violemment, et il me dit d'un air indigné:
" Vous agiriez contre votre conscience! " Je me mis au garde à vous, je regardai droit devant moi et je dis:
" Excusez-moi, je crois que vous ne comprenez pas mon point de vue. Je n'ai pas à m'occuper de ce que je pense. Mon devoir est d'obéir. " Il s'écria:
" Mais pas à ces ordres horribles!... Comment avez-vous pu?... C'est monstrueux... Vous ne ressentiez donc rien?
( ... ) - Au début, j'éprouvais une impression pénible. Puis, peu à peu, j'ai perdu toute sensibilité. Je crois que c'était nécessaire. Vous savez, je pensais aux juifs en termes d'unités, jamais
en termes d'êtres humains.
- Vous n'éprouvez donc aucun remords? " Je dis nettement:
" Je n'ai pas à avoir de remords. L'extermination étai peut-être une erreur. Mais ce n'est pas moi qui l'ai ordonné. " ( ... ) Ses yeux bleus se fixèrent sur moi avec une intensité gênante, il
secoua de nouveau la tête, et il dit à voix basse, avec un mélange bizarre de pitié et d'horreur:
" Vous êtes complètement déshumanisé. "
Combien de Juifs assassinés par les nazis ? 6 millions, retint le tribunal de Nuremberg. Mais nous ne posséderons jamais de chiffres exacts ; il faut se contenter d’une estimation entre 5 et 6 millions.
Pourquoi les Juifs ? Les nazis n’ont pas été les premiers à les haïr. Cette maladie remonte au Moyen-Âge, où certains penseurs ont justifié leur antisémistisme d’arguments dits « biologiques ». Les nazis ont donc exploité une vieille idée, présente avant eux. Et avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’Allemagne n’était pas plus antisémite que le reste de l’Europe.
En quoi le génocide juif est-il unique ? L’Histoire n’est pourtant pas avare de crime de masse. Mais là, pour la première fois, un Etat moderne a décidé d’appliquer tous ses moyens avec obstination en vue de tuer TOUS les membres d’une communauté à l’échelle d’un continent entier. Aucun juif ne devait en réchapper, tous étaient condamné.
Peut-on exterminer tout un peuple sans qu’il se révolte ? Il y a bien eu quelques tentatives, mais au total, peu de choses… Face aux SS armés, à toute la mise en scène mise en œuvre pour dissimuler de la vérité des camps de concentration, , et enfin en l’absence de tout allié, les victimes juives n’avaient aucun moyen de révolte. Ou presque…
RESISTANCE. Parce qu’ils n’avaient plus grand-chose à perdre, certains ont choisis de lutter, à n’importe quel prix, fusse celui de leur propre vie. Parce qu’ils n’acceptaient pas la défaite. Parce que le nazisme les dégoûtait. Parce qu’en leur cœur subsistait toujours une flamme d’espoir, même si tout semblait noir et sans issu. Ils formèrent des réseaux, des mouvements, des maquis. Etaient environ 300 000 à la fin de la guerre. Engagèrent courageusement une lutte de tous les jours : on ne devient résistant que lorsqu’on passe à l’acte. Leur point commun : le désir de faire quelque chose d’utile= ;
Au milieu de ces groupes de résistance, des enfants. Des adolescents. Des personnes ayant tout au plus mon âge, le plus souvent beaucoup moins. Des « enfants-soldats avant l’heure. » Des jeunes qui n’avaient encore pratiquement rien vu ni connu de la vie, et qui y entraient par le chemin de la guerre, au cœur d’un monde baignant dans une haine sans fondement, si ce n’est la folie humaine.
Ces enfants couraient chaque minute le risque de mourir fusillé, après avoir été
mis à la question. Et pourtant, ils ne perdirent pas foi en un avenir meilleur. Ce qu’ils ont accompli est honorable, et les rend bien plus respectables que la majorité d’entre nous. Ces enfants
étaient les enfants de la liberté.
J'ai eu besoin d'écrire, de chanter, de faire parler ma musique pour eux. On doit à tout prix se souvenir… Nous, qui vivons dans un monde de paix ( relative, bien entendue… ), nous nous devons de nous souvenir, par respect pour ce qu’ils ont fait, parce que beaucoup d’entre nous n’en aurait jamais eu le courage. Nous ne devons pas perdre de vue jusqu’où la folie humaine a été, et est donc capable d’aller. J’admire ces enfants, et j’aimerai le leur dire, pour qu’ils sachent qu’ils n’étaient pas seuls, qu’ils ont été entendu… A défaut de pouvoir le faire, j’ai composé cette chanson. Elle est pour eux.
" Enfants De La Liberté ", K-Lÿn$
Les paroles -> Enfants De La Liberté
*** Le Procureur s'écria: " Vous avez tué 3 millions et demi de personnes! " Je réclamai la parole et dis: " Je vous demande pardon, je n'en ai tué que 2 millions et demi. " ***
-> Ces extraits proviennent de l'oeuvre de Robert Merle
intitulé
" La mort est mon métier. " Je vous le conseille vivement. Plus qu'un chef d'oeuvre, c'est à mon sens un véritable voyage au coeur d'une psychologie humaine, qui m'a permis d'aborder le point
de vue interne d'un général nazi, qui fut à l'origine de la construction du camp de concentration d'Auschwitz.
